Portrait de femmes – Renaissance à coeur ouvert

Accompagner les femmes à exprimer leur puissance et leur vulnérabilité par la voix de l’âme, c’est l’énergie qui m’anime et c’est pourquoi j’ai souhaité vous faire rencontrer ces femmes. 

Des portraits de femmes combattantes, engagées, inspirantes… en quête de la meilleure version d’elles-mêmes ! Des femmes qui osent se mettre à nu, partager leur parcours de vie, par le chemin des mots pour exprimer des maux.  Aujourd’hui je suis allée à la rencontre de Cynthia qui se livre « à cœur ouvert » sur son parcours, les combats qu’elle a su surmonter et sa transformation intérieure. Un portrait de femme, d’une maman & d’une thérapeute pour qui le chemin de vie n’a pas été de tout repos.

Cynthia Dauchel

QUI SE CACHE DERRIERE CETTE FEMME CHAMANE ?

Alors Cynthia, dis m’en plus sur qui tu es… 

Qui je suis ? 

C’est une question que j’essaie encore de résoudre… Aujourd’hui je suis une maman, une femme, une malade et une thérapeute, plus exactement une « Art-Thérapeute ». Je suis née l’année 1985, en plein mois de janvier le 28, sous une tempête de neige qui a frappé le pays niçois. Je suis arrivée sans encombre à ma connaissance. Je suis née sous un nuage remplit d’étoiles, et chaque jour je décide de regarder la lumière qui brille à l’intérieur. Pourtant je n’ai jamais aimé le froid, l’hiver me rend parfois monotone.

Je suis une très grande frileuse qui renait après hibernation à chaque printemps.

Maman de trois filles et mariée…

L’histoire d’une vie, un garçon rencontré à mes 14 ans ; l’amour n’est pas un long fleuve tranquille mais j’aime le bateau dans lequel je suis depuis 22 ans.  Partie très jeune de chez moi à 16 ans, j’ai fui un brouhaha d’une famille déchirée, j’ai abandonné mes études pour travailler. A 18 ans, j’ai mis au monde ma première fille, “ma fille unique”. A la naissance de la première, j’ai décidé d’arrêter toute activité et d’élever mes filles à plein temps, leur donner tout ce que je n’ai pas eu, le temps, l’amour, la complicité. Par la suite, je suis devenue nourrice, j’ai adoré créer un lien avec tous ces enfants.

Ma deuxième fille, “mon bébé combat”, est née à 26 semaines, une très grande prématurée. Une petite fille, ma petite fille si petite, si fragile ! Une septicémie m’a alors frappée, quelques jours de coma, une souffrance intense. Un combat, certainement le premier plus dur de ma vie d’adulte. Un combat dont on sortira victorieux. 

Ma troisième fille, “mon bébé espoir”, est arrivée lorsque je ne m’y attendais plus, par le biais d’une FIV.  Je suis si fière de mes grandes filles brillantes, intelligentes, en pleine études, et du fait que même si jeunes nous ayons su être de bons parents.

Portrait Femme Chamane

Si l’on remonte un peu plus loin dans l’enfance, quelle petite fille intérieure se cache en toi, dans quel contexte as-tu grandi ?

J’ai grandi entre les conflits, les mensonges et les disputes. J’avais 4 ans, mon frère 2 ans, lorsque mon père est parti. Ma mère a beaucoup travaillé ; souvent absente, elle n’avait pas le choix. Une famille maternelle étouffante, manipulatrice et parfois diabolique… Un père qui n’a pas su être « papa », dû à son propre abandon auprès des services sociaux, bébé. La recherche de racine généalogique, un arbre que je construis petit à petit.

J’étais une petite fille très timide, angoissée mais très responsable ; la vie m’a fait grandir très vite. L’insouciance de l’enfance bercée de naïveté n’a pas fait partie du chemin de cette petite fille, qui parfois cherche encore sa place. Une grande rêveuse, qui sauve la veuve et l’orphelin, une solitaire. J’ai compris très jeune que sourire et sourire à la vie, peu importe les épreuves, me sauverait. Abbé Pierre a dit « on n’est jamais heureux que dans le bonheur qu’on donne ».

On peut en déduire que tu as grandi en gardant toujours ton sourire intérieur malgré les épreuves. Mais ton parcours de vie ne s’arrête pas là puisque j’ai cru comprendre que la « mal a dit » s’est invitée, peut-être pour t’amener à justement t’exprimer ?

La naissance de ma deuxième fille, née bien trop tôt, a été mon premier combat de femme, une épreuve à 20 ans que personne n’est prête à vivre. 

En 2017, c’est au tour de la maladie d’entrer dans ma vie… entre spondylarthrite ankylosante et fibromyalgie. Le tumulte, le tsunami, la tornade ! Elle va finir de dévaster mon âme et mon corps. Mon plus grand combat, je le vis chaque jour au travers de cette maladie. Elle est arrivée sans crier gare, ou plutôt je n’ai pas entendu les cris de mon âme, les hurlements silencieux. La maladie m’a obligée à être en fauteuil roulant. Cette maladie qui autodétruit mes articulations, mes tendons, elle me plonge dans la douleur chaque minute, chaque jour, chaque semaine.

Je peux dire que ce combat a changé toute ma vie, ma vision du monde. Il m’a libérée, sauvée d’une vie qui ne me convenait plus. Parfois je remercie la maladie, sans elle je ne serais pas sur ce chemin. Je me suis découverte, révélée, assumée. Je m’accorde le droit d’être qui je suis maintenant ! La lumière est ma vie aujourd’hui, les angoisses m’ont quittée, les peurs sont relativisées. Je ne me suis jamais autant sentie vivante que maintenant.

Mais je sais qu'une autre partie de ton âme a souffert, qu'une deuxième épreuve a marqué ton coeur...

Ma deuxième épreuve la plus dure, celle que j’avais décidé de taire dans ce témoignage, et que je me décide finalement à livrer ici, c’est mon ivg. Un jour je réalise que quelque chose est différent en moi. Mes yeux brillent, j’ai une étincelle, cette lueur mais j’ai mes trois filles, et les bébés c’est terminé après trois grossesses compliquées.

Au fond de moi je devine, et un positif, un accident, ma dernière a seulement 18 mois. Mon mari va me mettre un ultimatum, il ne veut pas d’un autre enfant. Je n’étais pas prête à l’assumer seule. Alors je décide de suivre son avis sans imaginer ce qui va se passer au fond de moi. Je suis dévastée, je vais sombrer petit à petit pendant des mois. Ce jour-là en prenant la vie de mon bébé je prends la mienne quelque part. Je suis vide, comme morte à l’intérieur. Je vais errer entre deux eaux pendant des années, entre l’envie de vivre et l’envie de mourir, non pas physiquement mais psychiquement. C’était en 2012, le traumatisme de trop, la culpabilité, la honte, le désespoir.

Je suis allée contre toutes mes convictions les plus profondes. J’ai perdu mon âme à ce moment-là. J’aurais dû me battre. J’ai détesté l’autre, j’ai détesté la vie et par-dessus tout je me suis détestée. La maladie s’est installée doucement, lentement jusqu’à me prendre totalement en 2017. Ce vide m’a habitée durant 9 années, ces 9 longues années. Aujourd’hui j’ai appris à me pardonner, à ne plus pleurer, à faire le deuil mais quelque chose c’est définitivement brisé en moi. Je me suis guérie de cette blessure au plus profond de mon être. J’ai accueilli mon acte, j’ai accepté ce que j’avais fait. J’ai compris le point de vue de mon mari, mais une partie de notre amour est mort ce jour-là.

Il n’y a pas de hasard pour moi, ce chemin était le mien et aujourd’hui le combat continue. Toi mon enfant, mon étoile qui n’est jamais née tu es pourtant présente à chaque instant dans ma vie, dans mon cœur. On se retrouvera ma douce…. Maman t’aime.

Tambour Chamane

A la suite de cette prise de conscience, on s’imagine qu’une certaine transformation intérieure s’est mise en place, non ? Y-a-t-il une « Cynthia d’Avant » et une « Cynthia d’Après » ?

Ce n’est pas simple chaque jour, la résilience m’aide beaucoup, les médecines douces aussi. La maladie m’a propulsée vers d’autres horizons, voyager entre les mondes est devenu une force. J’ai compris que tout passe, que rien n’est éternel et que tout peut changer en une journée ! Alors maintenant, je profite le plus possible de chaque instant.

En 2019, c’est ce que j’appellerai ma renaissance ! Je décide de reprendre des études et je m’inscris dans une école d’ART-THERAPIE. 3 ans après, me voilà fraichement certifiée en tant qu’Art-Thérapeute. Je suis une passionnée de la nature, je passe des journées à randonner, à me connecter à elle. Les plantes sont un royaume extraordinaire, depuis la nuit des temps, elles partagent notre vie. Cultiver et faire des tisanes fait partie de la mienne. J’aime faire des mélanges de plantes médicinales pour soulager mes souffrances. Les animaux nous donnent un amour inconditionnel, je ne peux vivre sans eux.

Le chamanisme est bien plus qu’une passion, je suis amoureuse des cultures autochtones. Leur sagesse, leur savoir me poussent à croire encore en l’humanité, et la grandeur d’un peuple. Je lis énormément, un voyage à chaque page ! Lire des livres sur la culture des peuples et sur le chamanisme ont été d’une certaine manière, une autre façon de me sauver. Mon tambour me fait traverser les mondes, entouré de messages, il raisonne au son de mon cœur, ça douce mélodie me fait vibrer. La hutte de sudation est une guérison de l’âme qui attrape le corps, les chants sont la résonnance d’ancêtres, le partage de générations. Le chamanisme fait partie de ma vie, j’ai même l’honneur d’avoir depuis peu une yourte mongole.

Chaque combat fait ressortir des croyances, des émotions… Qu’as-tu mis en lumière et par quels moyens ?

Je me suis aperçue qu’à l’époque j’étais psychorigide, tout devait être à sa place, tout devait être parfait, j’étais maniaque. Sans le savoir, je prenais énormément d’énergie à la partie vitale de mon bien-être. Quand je suis tombée malade, une des plus grosses difficultés fût de lâcher prise, d’accepter de ne plus rien contrôler même pas mon propre corps. J’ai dû dépendre des autres, moi qui suis indépendante depuis ma plus tendre enfance. Je me suis libérée de ce fardeau inconscient.

L’autre monde a toujours fait partie de ma vie, depuis toute petite des personnes se présentent au pied de mon lit, me parlent. Mes rêves sont des messages et ils se réalisent bien souvent. J’ai cru être folle à un moment de ma vie ! J’ai eu recours à l’hypnose au cours des deux premières années de la maladie, j’étais au fond et ce fût une ouverture vers mon âme extraordinaire.  J’ai ouvert des portes sans le savoir, c’est là que le chamanisme est entré dans ma vie, les soins énergétiques. J’ai souvent soulagé les gens avec mes mains, mes mots je n’étais pas consciente de ce que je faisais. J’ai eu recours à des soins chamaniques, au recouvrement d’âme, à l’olfactothérapie, aux soins énergétiques, à la hutte de sudation, à l’art-thérapie. J’ai couru pendant un moment après la guérison, toutes ces pratiques m’ont aidée à avancer, à me relever mais j’ai dû accepter qu’il n’existe pas de guérison du corps, mais que mon âme une fois guérie permettra à la maladie de rentrer en sommeil pour me laisser tranquille.

Sans oublier ma formation d’Art-thérapie, cet autre chemin vers ma guérison, où nous avons beaucoup travaillé sur nous-même avec la mise en pratique et la psychanalyse engagée. L’Art-Thérapie, contrairement à ce que beaucoup pensent car ils ne connaissent pas réellement cette pratique, ce n’est pas faire un dessin. Derrière il y a un but thérapeutique, nous emmenons un medium (peinture, musique, écriture, fabrication plastique…) pour déposer nos émotions, extérioriser ce que nous n’arrivons pas à dire avec les mots. N’oublions pas que les maux du corps sont les mots de l’âme, l’Art-Thérapie exprime l’inexprimable.

Travailler sur Soi est certainement le travail d’une vie, surtout en tant que thérapeute ! J’ai l’honneur de faire des cercles, de partager dans un moment hors du temps les chants, le tambour, le voyage chamanique. Le cercle est aussi thérapeutique, mais d’une manière différente. Je m’accorde le droit de pratiquer l’art-thérapie et le chamanisme, deux pratiques différentes mais qui dans le fond ont tellement de similitudes.

↠ Ton message à une autre femme...

Si je devais donner un conseil à une autre femme aujourd’hui, ce serait simplement « de vivre et non de survivre dans une vie qui ne nous convient pas »

On ne devrait jamais attendre d’être forcée par la maladie, pour s’arrêter et réfléchir à ce qui compte vraiment dans la vie. 

SI TU VEUX SUIVRE CYNTHIA SUR LES RESEAUX

Main Serpent

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